Il est 7 h 40, le lisseur chauffe sur le bord du lavabo, et le doigt hésite au-dessus du bouton : faut-il pousser jusqu'au maximum ? Quelle température pour lisser ses cheveux sans les abîmer, c'est la vraie question, et la réponse dépend moins de l'appareil que de la nature de la fibre. Trop bas, la mèche résiste et l'on repasse trois fois. Trop haut, le cheveu encaisse une chaleur dont il n'avait pas besoin. Voici le tableau de référence par type de cheveux, ce que disent les études et les fabricants, et les signes qui doivent vous faire baisser le réglage.
Ce que la chaleur fait vraiment à la kératine
Un cheveu est fait à environ 90 % de protéines, la kératine, et à 10 % de lipides. À l'extérieur, la cuticule forme une armure d'écailles superposées. À l'intérieur, le cortex aligne des chaînes de kératine enroulées en hélice : c'est lui qui donne au cheveu sa forme et sa résistance.
Le lisseur ne « repasse » pas la kératine. Il chasse l'eau. Comme l'explique le chimiste Trefor Evans dans la revue professionnelle Cosmetics & Toiletries (2015), l'eau rend la fibre souple ; en la retirant sous la contrainte des plaques, on fige une nouvelle forme. Cette forme est provisoire : dès que le cheveu reprend l'humidité de l'air, il revient peu à peu à son état naturel.
Où se situe la limite ? Les mesures de calorimétrie citées par Evans placent la dénaturation de la kératine, le moment où ses hélices se défont, vers 230 °C, et sa décomposition vers 240 °C. Ses images thermiques montrent aussi que la mèche reste environ 15 °C sous la température affichée : avec des plaques à 230 °C, le cheveu atteint autour de 215 °C.
On pourrait en conclure que tout va bien en dessous de 230 °C. Ce n'est pas le cas. Dans ces mêmes travaux, la résistance des cheveux baisse nettement à mesure que la température et le nombre de passages augmentent, bien avant le seuil de dénaturation. Selon Evans, les lipides du cheveu, plus fragiles que les protéines, seraient touchés bien plus tôt.
La cuticule encaisse les premiers coups. Une étude publiée en 2011 dans les Annals of Dermatology l'a montré avec un simple sèche-cheveux : après 30 lavages suivis d'un séchage, des fissures apparaissaient sur la cuticule dès 47 °C, et les dégâts s'aggravaient à 61 °C puis à 95 °C. Le cortex, lui, était intact. Les auteurs y voient le rôle de barrière de la cuticule, et supposent que le cortex devient vulnérable une fois cette barrière abîmée.
Pourquoi monter à 230 °C n'est pas toujours utile
Plus c'est chaud, plus ça tient : c'est vrai. Evans le montre avec des boucles réalisées à 170, 190 puis 210 °C, de plus en plus serrées. Mais chaque degré gagné en tenue se paie en résistance perdue.
Les fabricants eux-mêmes ont fait des choix très différents. ghd a bâti toute sa gamme sur une température unique de 185 °C : selon la marque, plus chaud abîme le cheveu, moins chaud compromet le résultat. C'est la température du lisseur ghd Gold, quel que soit le type de cheveux. L'Oréal Professionnel plafonne son SteamPod 4 à 210 °C et réserve ce dernier palier aux cheveux naturels, épais, résistants, ni colorés ni méchés.
L'American Academy of Dermatology va dans le même sens : elle conseille d'utiliser le lisseur sur un réglage bas ou moyen, et rappelle que, quelle que soit la nature du cheveu, une chaleur excessive peut l'abîmer.
En clair, 230 °C est un plafond pour les chevelures très résistantes, pas un réglage par défaut. Si votre lisseur affiche 230 °C au démarrage, c'est une capacité, pas une recommandation.

ghd Gold
Disponibilité vérifiée le 23 octobre 2026. Le prix change souvent : le bouton ci-dessous affiche le prix du jour et les offres des vendeurs.
Le tableau de référence, type de cheveux par type de cheveux
Les repères ci-dessous croisent le guide d'achat de Calor (groupe SEB, publié sur rowenta.fr) et les conseils d'utilisation du SteamPod 4 de L'Oréal Professionnel. Pour les cheveux épais, frisés et crépus, Calor donne une même fourchette de 190 à 230 °C : nous l'avons resserrée selon la résistance de la fibre, en tenant compte du plafond de 210 °C du SteamPod. Ce sont des points de départ, pas des consignes médicales.
| Type de cheveux | Repère de départ | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|---|
| Fins | 150 à 170 °C | Ils lissent vite et supportent mal l'excès de chaleur. Mèches fines, un seul passage lent. |
| Normaux ou ondulés | 170 à 190 °C | La zone des lisseurs à température fixe (185 °C chez ghd). |
| Épais | 190 à 210 °C | 230 °C au maximum, seulement si la mèche ne tient pas. |
| Bouclés et frisés | 190 à 210 °C | Commencer en bas de la fourchette et travailler par petites sections. |
| Crépus | 200 à 210 °C | Une fibre dense mais très sujette à la casse : 230 °C au maximum si la mèche ne tient pas, et peu de passages. |
| Colorés ou décolorés | 180 °C au plus | L'Oréal Professionnel recommande 180 °C et exclut les cheveux colorés ou méchés de son réglage à 210 °C. |
| Abîmés ou cassants | 150 à 170 °C | Espacer les lissages ; si la casse persiste, consulter un dermatologue. |
Les sources ne sont pas toujours d'accord. Le guide de Calor indique 150 à 170 °C pour les cheveux fins dans un paragraphe, puis 130 à 160 °C un peu plus loin. Le SteamPod, lui, conseille 180 °C pour les cheveux fins, mais il diffuse de la vapeur et ne se compare pas tout à fait à un lisseur classique. Dans le doute, partez du chiffre le plus bas.
La règle d'or est simple : démarrez en bas de votre fourchette, lissez une mèche test, et n'augmentez que de 10 °C à la fois si elle ne tient pas. Pour pouvoir le faire, il faut un lisseur réglable, comme le Philips série 5000 (de 120 à 230 °C) ou le BaByliss Platinum Diamond 235 (dix réglages de 140 à 235 °C). Toute notre sélection est réunie dans la catégorie lisseurs classiques.


Philips série 5000 BHS520/00
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Un passage lent vaut mieux que trois rapides
La température n'est que la moitié de l'équation. Dans les travaux d'Evans, la résistance du cheveu diminue avec la chaleur, mais aussi avec le nombre de passages. Trois allers-retours à température modérée peuvent donc coûter plus cher qu'un seul passage bien fait.
Le geste compte autant que le réglage. Calor conseille des sections de 2 à 3 cm et une vitesse régulière : ni trop rapide, ce qui laisse des plis, ni trop lente, ce qui prolonge l'exposition. Pour les cheveux fins, la marque recommande un seul passage lent par mèche. L'Oréal Professionnel donne le même conseil pour le SteamPod : des sections fines, des plaques passées lentement.
Quant à la fréquence, l'American Academy of Dermatology recommande de ne pas utiliser le lisseur plus d'un jour sur deux.
La méthode en cinq gestes
- Démêler, puis sécher complètement les cheveux.
- Appliquer un soin thermoprotecteur sur les longueurs.
- Régler le lisseur en bas de votre fourchette.
- Séparer la chevelure en sections fines, en commençant par la nuque.
- Un passage lent et régulier par mèche ; augmenter de 10 °C seulement si elle ne tient pas.
Cheveux secs, toujours (ou presque)
Lisser des cheveux encore humides est l'erreur la plus classique. En 1994, C. L. Gummer a décrit dans le British Journal of Dermatology le « bubble hair » : un chauffage bref et localisé d'un cheveu humide suffit à faire apparaître des bulles à l'intérieur de la fibre. Le cheveu devient faible, sec, cassant.
L'American Academy of Dermatology le rappelle donc sans détour : le lisseur s'utilise sur cheveux secs. Même les lisseurs vapeur ne font pas exception. Pour le SteamPod 4, L'Oréal Professionnel demande de sécher complètement les cheveux au sèche-cheveux avant de lisser : la vapeur vient de l'appareil, pas de la chevelure. Seuls certains modèles dits « Wet & Dry », mentionnés dans le guide de Calor, sont conçus pour travailler sur cheveux humides. Dans ce cas, suivez la notice à la lettre.
Le séchage lui-même mérite un peu d'attention. Dans l'étude des Annals of Dermatology, un sèche-cheveux tenu à environ 15 cm et toujours en mouvement abîmait moins le cheveu qu'un séchage à l'air libre très long.
Le protecteur thermique : utile, pas magique
Les études vont dans le même sens sur un point : un soin appliqué avant le lissage limite la casse. Une étude du Journal of Cosmetic Science (Zhou et al., 2011) a comparé des cheveux lissés au fer avec et sans prétraitement : certains polymères réduisaient nettement la casse au peigne et limitaient la dégradation de la kératine, en préservant la surface de la cuticule.
Evans nuance la promesse. Selon lui, un film aussi fin ne peut guère faire baisser la température atteinte par le cheveu. Ce que l'on appelle « protection » tient surtout à la lubrification : la fibre glisse mieux, se coiffe plus facilement et casse moins.
Les fabricants annoncent, eux, des protections chiffrées : jusqu'à 230 °C pour le soin lissant SteamPod selon L'Oréal, jusqu'à 220 à 230 °C pour les sprays selon Calor. Ces chiffres viennent de leurs propres tests. Prenez le protecteur comme une ceinture de sécurité, pas comme une autorisation de monter le thermostat. Notre sélection de soins est à retrouver dans la catégorie soins et protection.
Comment savoir que c'est trop chaud
Quelques signaux ne trompent pas :
- De la fumée sur cheveux secs et sans produit. Evans observe des émanations sur des cheveux pourtant secs, dès que la température monte. Si la mèche fume alors qu'elle est sèche et nue, baissez le réglage.
- Une odeur de brûlé. Elle accompagne la décomposition des protéines du cheveu. C'est le signal d'arrêt immédiat.
- Un grésillement. Il trahit de l'eau restée dans la fibre : les cheveux ne sont pas assez secs.
- Des cheveux rêches et cassants dans les jours qui suivent. Evans a montré que le lissage masque d'abord les dégâts : la casse apparaît une fois que l'effet lisse s'estompe.
- Une couleur qui s'éclaircit ou se ternit. Dans l'étude des Annals of Dermatology, les mèches séchées à 95 °C s'éclaircissaient dès dix séances.
Si la casse devient importante, ou si vous remarquez une chute inhabituelle, mieux vaut consulter un dermatologue que changer de lisseur.
Questions fréquentes
Entre 150 et 170 °C selon le guide de Calor, qui descend même à 130-160 °C dans un autre paragraphe. L'idéal est de commencer au plus bas, avec des mèches fines et un seul passage lent. Un lisseur réglable est presque indispensable pour ce type de cheveux.

Nos guides s’appuient sur des sources publiées : études scientifiques, recommandations de dermatologues et documentation des fabricants. Ils ne remplacent pas l’avis d’un professionnel.
- American Academy of Dermatology, « Hair styling without damage »
- Lee Y. et al., « Hair Shaft Damage from Heat and Drying Time of Hair Dryer », Annals of Dermatology, 2011
- Evans T. A., « Beating the Damaging Effects of Heat on Hair », Cosmetics & Toiletries, 2015
- Zhou Y. et al., « The effect of various cosmetic pretreatments on protecting hair from thermal damage by hot flat ironing », Journal of Cosmetic Science, 2011
- Gummer C. L., « Bubble hair: a cosmetic abnormality caused by brief, focal heating of damp hair fibres », British Journal of Dermatology, 1994
- ghd, fiche produit du lisseur ghd Gold (ghdhair.com/fr)
- Calor (groupe SEB), « Guide complet pour choisir le meilleur lisseur » (rowenta.fr)
- L'Oréal Professionnel, fiche et conseils d'utilisation du SteamPod 4 (lorealprofessionnel.fr)



